Accueil La condition de la femme en Inde Le mariage des femmes en Inde
Envoyer

Les Femmes en Inde et le mariage

Le mariage d'une jeune fille est un événement de première importance et d’une immense beauté, mais c’est aussi un enjeu majeur pour la famille de cette dernière. Ce rite a évolué sur le plan juridique depuis le XIXème siècle et socialement depuis les années 2000. Mais remontons ensemble cette évolution depuis les premiers signes de transformation.

Mariage traditionnel en inde

Crédits

Quatre mariages et une dot.

 

Un des éléments fondamentaux du mariage, est la dot que doit constituer la famille de la mariée. La dot peut être définit comme l'ensemble des prestations en espèces ou en nature donnée par la famille de la jeune fille au futur mari et à sa famille. Cette dot peut représenter des sommes énormes, pouvant parfois atteindre plus de la moitié du capital économique de la famille. Du fait de la valeur financière importante de cette transaction, elle peut engendrer des violences, voir la mort de la jeune fille si la dot n'est pas assez élevée. Entre 1975 et 1978, on a pu dénombrer 5200 cas de jeunes femmes brûlées "accidentellement" par leur mari ou leur belle-famille.

Le mariage est une institution sacrée en Inde, où la chasteté de la femme est une des vertus fondamentales. Mais plusieurs types de mariages ont cours en Inde. Faisons un petit tour des possibilités qui s'offrent aux jeunes femmes indiennes :

  • Jusque dans les années 30, les jeunes filles étaient mariées vers la puberté, voire même avant. Mais désormais, des lois ont été édictées pour remonter l'age minimal auquel des jeunes filles peuvent être mariées.
  • Les mariages au sein des castes sont choisis et négociés par les parents, principalement pour le montant de la dot. Les mariages arrangés sont très courants en Inde, et représentent la majorité des mariages célèbres.
  • Les mariages décidés dès la naissance. Pour ce type de mariage, les enfants sont mariés vers l'age de 8 ans, mais la jeune fille reste dans sa famille jusqu'à sa puberté. Ce type de mariage est réprimandé par la loi, mais a toujours cours en Inde du Nord.
  • Les mariages consanguins dans le Sud de l'Inde ont encore lieu et pour justification la volonté des familles de conserver les acquis sociaux et économiques obtenus avec le temps.
  • Les mariages d'amour sont très rares, même si petit a petit ils tendent à se développer. Quand aux mariages mixtes entre des personnes de castes ou de confessions différentes, ils restent des exceptions à ce jour.
Jeune mariée indienne

Crédits

Il est donc rare de voir des mariages sans heurts et tensions pour des raisons de castes, dot, religion etc.

Quand les volontés d'innovations gouvernementales se retrouvent confrontées aux conceptions religieuses et traditionnelles

 

Un des premiers événements remarquable en faveur des femmes, fut l'abolition du Sati en 1829. Durant ce rite les femmes hindoues se jetaient dans le bûché de leur défunt mari. Ceci ne change en rien le mariage même des femmes hindoues, mais on peut le considérer comme une faible réduction de la dépendance totale et inconditionnelle que pouvaient, et ont encore pour une large majorité, les femmes hindoues à l'égard de leur mari.

En 1864 fut mis en place des droits concernant le mariage. Mais en Inde l'aspect religieux reste prédominant par rapport à la règle de droit. Par conséquent, cette législation du mariage fut limitée à la procédure légale des mariages chrétiens, tout en évitant de modifier le droit personnel hindou et musulman.

Même si le divorce en Inde est loin d'être aussi courant que dans nos sociétés occidentales, la première loi sur le divorce fut établie en 1869. Mais ne nous réjouissons pas trop vite, le but de cette dernière était purement intéressé. Son objectif était de dissoudre les mariages célébrer en Angleterre en Inde, si ils ne convenaient pas aux familles probablement.

L'age auquel les jeunes filles étaient mariées a changé au cours des deux derniers siècles. Au départ, les jeunes filles étaient mariées en règle générale à la puberté ou à l'age de 10 ans. Pour la première fois en 1892, un acte de loi (Age of consent bill), repoussa l'age du mariage des jeunes filles de 10 à 12 ans. Même si pour nous cela parait encore bien trop jeune pour se marier, cela fit scandale auprès des leaders hindous. Il faut savoir qu'en Inde tout ce qui peut référer aux croyances et pratiques liées à la religion, comme le mariage ou encore l'autonomie des femmes, relève du droit personnel voir communautaire qui refuse toute intrusion ou modification. Par conséquent, cette modification de l'age du mariage fut perçue comme un grave empiétement sur le domaine personnel.

PHOTO noir et blanc de la jeune mariée inde

Crédits

On peut aisément comprendre que le divorce ne fut pas une chose aisée, et encore aujourd'hui, à mettre en place et à faire accepter par les différentes communautés. En 1939, deux propitiations de lois furent annoncées dont une portée sur le droit au divorce des femmes hindoues. Elle fut de nouveau très critiquée, car tout changement dans la situation et la place des femmes est vu comme un risque de chaos (cf. article Inde : vénération de la mère et crainte de la femme). Si la femme sort du droit personnel elle peut alors être considérée par la justice, comme un individu à part entière et non fondu dans la communauté. Ceci remettrait en cause tout le système sur lequel cette société patriarcale s'est fondée. Ce que les leaders hindous refusent catégoriquement. A cela est lié la question de la pension alimentaire, qui fut à l'origine de nombreux débats au sein des Assemblées (cf .article : législation et droits des femmes en Inde : Les pensions alimentaires). Sur cette question les leaders religieux affirmaient qu'une femme n'a pas de raison de recevoir une pension en cas de divorce, dans la mesure où elle n’est plus avec lui, même pour mauvais traitements.

En 1948, il y eu un réel espoir pour les femmes indiennes quand à l'amélioration de leur condition par la voie légale. Cette année là, il fut présenté à l'assemblée constituante un projet de code hindou. Ce texte présente des changements majeurs qui relevaient précédemment du droit personnel, notamment en matière de mariage et de divorce. Par exemple l'abolition des castes comme fondement du mariage ou encore le droit de divorcer pour des raisons autres que la cruauté. (Pour plus d'information sur ce code, voir l'article Projet de code hindou). Il faut cependant noter que la notion de cruauté est très particulière en Inde. On peut le voir avec la loi sur le mariage de 1956, qui donnait le même droit aux hommes et aux femmes de divorcer pour cruauté. Mais la cruauté peut être définit par l'homme comme le refus de sa femme d'accomplir son devoir conjugal. Par conséquent, la cruauté comme énoncée ici, est défavorable aux femmes dans la mesure où elles étaient souvent mariées à des hommes qu'elles ne connaissaient pas, n’aimaient pas et qui étaient beaucoup plus vieux qu'elles, sans oublier que les violences domestiques étaient et sont encore monnaie courante. Dans ce contexte, il est fort compréhensible que ces jeunes femmes soient peu enclines à accomplir leur devoir conjugal. Mais si elles ne le font pas, elles risquent un divorce où elles se retrouveront sans rien et reniée par leur belle-famille, voir peut être même par leur propre famille. Par conséquent, les femmes sont toujours prisonnières du système. Cette loi ne put être contestée que beaucoup plus tard.

Comme on a pu le voir précédemment, il y a beaucoup d'émules au sein du gouvernement quand à la question des femmes et de nombreuses actions en faveur de changements, parfois favorables, en théorie, aux femmes. Une action mise en place dans ce sens par le gouvernement fut la création en 1984 du tribunal des affaires familiales. Ce tribunal est en charge de tous les litiges matrimoniaux et des pensions alimentaires. On pourrait ce dire dans un premier temps que la gestion de ces questions par une instance judiciaire est une bonne chose et permettra plus de justice pour les femmes dans ces affaires. Malgré l'égalité des genres énoncée dans les lois, le mettre mot de ce tribunal est la préservation de la famille comme objectif et motivation. En 2003, son efficacité et sa rapidité furent remises en question principalement dans sa capacité offrir dans un court délai des réparations aux femmes.

Petit à petit la femme fait son nid.


mariée qui regarde ses mains

Crédits

Sur le plan légal, une avancée récente fut faite en faveur de la protection des femmes. En 2006, le président de l'union indienne Abdul Kalama approuva le projet de loi sur la violence domestique. Ce projet de loi contient de nombreux texte qui place la femme et l'homme sur un plan d'égalité au sein du couple :

  • l'homme ne pourra plus forcer sa femme à avoir des rapports non consentis
  • interdiction de la bigamie
  • interdiction du mariage des enfants
  • interdiction des mariages forcés
  • le divorce sans faute est reconnu ....

Mais bien évidemment, ces innovations au sein de la famille et des schémas traditionnels qui la composent n'ont pas ravis tout le monde, comme la fondation pour sauver la famille indienne.

Mais la société indienne commence à évoluer malgré les volontés des traditionalistes. En 2007,

  • 14% des mariages se sont soldés par un divorce alors qu'il n'étaient que 5% en 1980
  • Dans les villes l’age moyen du mariage des femmes est compris en 26 et 30 ans
  • 25% des citadines choisissent leur partenaire, ce qui était encore impassable il y a quelques années
  • 1/5 des femmes disposent d'un revenu propre dans les villes

Bien évidemment, cette situation déplait à de nombreux hommes qui voient d'un très mauvais oeil cette indépendance. Pour eux la femme ce doit d'être accommodante, de ne pas se plaindre et d’être dévouée en dépit des souffrances. Mais d'autres hommes considèrent cette vision dépassée, et que ces nouvelles lois vont permettre une plus grande égalité entre les droits et devoirs des deux époux. Attention, il est important de noter qu'il y a un fossé très important entre les conceptions des gens vivant en villes qui se trouvent plus ouvert quand au rôle de la femme, alors que dans les campagnes, où la tradition est toujours profondément ancrée, la femme doit conserver son rôle traditionnel.

Même si cette loi est une vraie évolution légale pour la femme en Inde, le problème majeur reste son application. Chaque année, 50 millions de femmes sont encore victimes de violences conjugales en Inde et seulement 0.1% d'entre elles portent plainte.

Il y a encore un long chemin a parcourir pour que les bon sentiments, les histoire d’amour et les mariages des films de Bollywood deviennent une réalité pour les femmes indiennes.

mariée indienne dans les tons dorés

Crédits

Sources:

Par Nathalie Perrotin, pour Souffle de l'Inde